Une saynète de cinq minutes pour cinq acteurs : une version express et absurde de Cendrillon. Les comédiens sont assis en ligne sur un banc, face au public, et chacun joue son rôle à contre-emploi (un garçon en Cendrillon, une fille en Prince Charmant…).
Tout le sel tient dans le jeu : à chaque réplique, l'acteur se lève et la déclame d'une voix monocorde, le visage impassible. Le défi est de ne pas craquer face au public hilare — surtout aux douze coups de minuit.
Matériel
Un banc à cinq places.
Quelques accessoires ou déguisements à contre-emploi (optionnels).
Règles du jeu
Les cinq acteurs s'assoient en ligne sur le banc. Chacun se lève à sa réplique, la dit sans la moindre expression, puis se rassoit. Voici le texte :
LE CONTEUR — Voici l'histoire de Cendrillon. Je suis le conteur.
CENDRILLON — Je suis Cendrillon.
LES VILAINES SŒURS — Je suis les vilaines sœurs de Cendrillon.
LE PRINCE CHARMANT — Je suis… beau. Je suis le Prince Charmant.
LA BONNE FÉE — (arrivant essoufflée) Je suis en retard, je suis la bonne fée.
LE CONTEUR — Il était une fois, dans le pays des Hurlements-du-Haut, juste derrière le pont d'Avignon, un prince appelé le Prince Charmant…
ENSEMBLE — Ça va, on connaît !
LE CONTEUR — Là vivaient aussi les vilaines sœurs.
LES VILAINES SŒURS — Je suis les vilaines sœurs.
LE CONTEUR — Et la sœur des vilaines sœurs, Cendrillon.
CENDRILLON — Je suis Cendrillon.
LE CONTEUR — Bref, ce soir il y a un bal, tout le monde est en émoi.
LES VILAINES SŒURS — Nous sommes si heureuses d'aller au bal.
CENDRILLON — Moi, je voudrais bien aller au bal.
LES VILAINES SŒURS — Cendrillon, apporte-nous nos robes de bal.
CENDRILLON — Okay !
LES VILAINES SŒURS — Cendrillon, apporte-nous nos chaussettes bariolées.
CENDRILLON — Okay !
LES VILAINES SŒURS — Cendrillon, apporte-nous notre œil de verre.
CENDRILLON — Okay !
LES VILAINES SŒURS — Nous sommes si heureuses… Nous allons danser avec le Prince Charmant.
CENDRILLON — Okay !
LE CONTEUR — Les préparatifs vont bon train, la tension monte.
ENSEMBLE — Ouh là là !
LE PRINCE CHARMANT — Je suis beau, je suis le Prince Charmant.
ENSEMBLE — On sait !
CENDRILLON — Moi je veux aller au bal ce soir.
LES VILAINES SŒURS — Hors de question.
CENDRILLON — Okay !
LE CONTEUR — Et les sœurs partirent, et Cendrillon était triste.
CENDRILLON — Snif !
LE CONTEUR — Mais sa marraine, qui était fée, surgit de la nuit.
LA BONNE FÉE — Hé courge, sois pas rouge comme une tomate ni verte comme une pastèque, même si t'en as gros sur la patate. Apporte-moi voir une cuisse de baleine.
CENDRILLON — Voilà !
LA BONNE FÉE — Abracarambar !
CENDRILLON — Oh, la belle citrouille ! Quoi d'autre ?
LA BONNE FÉE — Apporte-moi tes fringues toutes destroy.
CENDRILLON — Tiens, les voilà.
LA BONNE FÉE — Abracarambar !
CENDRILLON — Oh, la belle robe ! Et pour les chaussures ?
LA BONNE FÉE — Une canette de Gini…
LE PRINCE CHARMANT — Gini ?… Je t'aime !
CENDRILLON — Voilà !
LA BONNE FÉE — Abracarambar !
CENDRILLON — Ouah, les grolles !
LES VILAINES SŒURS — Nous sommes les vilaines sœurs.
LE PRINCE CHARMANT — Elles ont des boutonsss.
LE CONTEUR — Ainsi taillée, Cendrillon peut partir au bal.
CENDRILLON — Je suis toute émue.
LE PRINCE CHARMANT — Elle au moins, elle a pas de boutonsss.
LA BONNE FÉE — Mais attention, il faudra rentrer avant les douze coups de minuit.
CENDRILLON — Ok d'acc ! Tope là.
LE CONTEUR — Voilà deux heures que le bal a commencé.
ENSEMBLE — (croisent les jambes)
LE PRINCE CHARMANT — Je suis le Prince Charmant, je suis beau.
CENDRILLON — Tu es beau.
LE CONTEUR — Ils s'éclatent.
LES VILAINES SŒURS — I like to move it, move it, yeah !
LE PRINCE CHARMANT — Eh ! Belle inconnue, tu danses ?
CENDRILLON — Tu m'étonnes. Tu viens dans un bal pour jouer au tennis ?
LE CONTEUR — Ils dansèrent ensemble longtemps… longtemps. Les sœurs en étaient vertes.
LES VILAINES SŒURS — (se lèvent simplement)
LE CONTEUR — Mais minuit approche.
ENSEMBLE — Dommage.
CENDRILLON — Il faut que je parte.
LE PRINCE CHARMANT — Bon, tant pis, casse-toi !
LE CONTEUR — Les douze coups de minuit sonnèrent. Ding ! (onze fois)
ENSEMBLE — Dong !
LE CONTEUR — Puis il y eut l'histoire de la chaussure.
ENSEMBLE — Ça va, on la connaît, l'histoire.
LE CONTEUR — Le Prince Charmant retrouva la chaussure, arriva près de la maison. Il était si beau.
LE PRINCE CHARMANT — Je suis si beau.
LES VILAINES SŒURS — Tu es si beau.
LE PRINCE CHARMANT — Je sais. Vous êtes si vilaines.
CENDRILLON — Je sais.
LA BONNE FÉE — Je suis la bonne fée.
ENSEMBLE — On sait.
LE PRINCE CHARMANT — J'ai apporté la chaussure, voulez-vous l'essayer ?
LES VILAINES SŒURS — Elle convient.
LE PRINCE CHARMANT — Elle ne convient pas.
LES VILAINES SŒURS — Elle convient.
LE PRINCE CHARMANT — Elle ne convient pas.
LES VILAINES SŒURS — Okay !
LE PRINCE CHARMANT — Veux-tu essayer la chaussure ?
CENDRILLON — Okay !
LE PRINCE CHARMANT — Elle convient.
CENDRILLON — Je suis si heureuse.
LE PRINCE CHARMANT — Je suis si beau, je vais t'épouser.
CENDRILLON — Okay !
LES VILAINES SŒURS — Nous sommes jalouses.
LE PRINCE CHARMANT — Je suis si beau.
CENDRILLON — Je suis si heureuse.
LA BONNE FÉE — Je suis la bonne fée.
ENSEMBLE — On sait !
LE CONTEUR — Bon, je conclus : le Prince Charmant épousa Cendrillon et ils vécurent chaussés.
ENSEMBLE — (se lèvent et restent debout)
LES VILAINES SŒURS — C'est la morale…
LA BONNE FÉE — … de l'histoire…
LE PRINCE CHARMANT — … pour vivre heureux…
CENDRILLON — … vivons chaussés.
ENSEMBLE — (saluent et sortent)
