Le pot fêlé est un conte de sagesse très court, sans auteur connu, qu'on présente le plus souvent comme un conte chinois. Il se termine sur une image plutôt que sur un coup d'éclat. On le raconte volontiers en veillée autour d'un feu de camp.
🏺 Le conte en deux mots
Un porteur d'eau fait chaque jour le même trajet, une perche sur les épaules et un pot suspendu à chaque bout. L'un des deux est fendu et perd la moitié de son eau avant d'arriver. Pendant deux ans il a honte de lui. Il finit par demander pardon à son porteur, qui l'invite à regarder le bord du sentier en rentrant. Des fleurs poussent de ce côté-là du chemin et rien de l'autre côté. Le porteur avait semé des graines en connaissant la fêlure. Le pot les arrosait à chaque voyage sans le savoir. La morale — ce qu'on prend pour une faiblesse est parfois ce qui fait du bien autour de soi.
📖 Le texte du conte
Dans un pays lointain, un porteur d'eau faisait chaque matin le même trajet, de la rivière jusqu'à la maison de son maître. Il portait sur les épaules une longue perche, avec un grand pot suspendu à chaque bout.
L'un des deux pots était parfait et rapportait toujours sa pleine ration d'eau. L'autre avait une fêlure sur le flanc. Au bout du long chemin de retour, il n'arrivait plus qu'à moitié plein.
Pendant deux longues années, ce fut ainsi. Le pot parfait était fier de lui. Le pot fêlé, lui, avait honte. Il se trouvait raté, incapable de faire correctement le seul travail pour lequel il existait.
Un jour, n'y tenant plus, il osa parler au porteur. « Je te demande pardon. À cause de ma fêlure, tu perds la moitié de l'eau à chaque voyage. Tu fais tout ce chemin, et je te déçois. »

Le porteur sourit doucement. « Aujourd'hui, en rentrant, regarde bien le bord du sentier. »
Le pot fêlé regarda, et vit que tout le long du chemin, de son côté à lui, poussaient des dizaines de fleurs colorées qui se penchaient au soleil. De l'autre côté, celui du pot parfait, il n'y avait que de la terre nue.
« Tu as vu ces fleurs ? dit le porteur. Elles ne poussent que de ton côté. Depuis le début, je connais ta fêlure, alors j'ai semé des graines sur ce bord du sentier. Chaque jour, en marchant, tu les as arrosées sans le savoir. »
« Grâce à toi, depuis deux ans, je peux cueillir de quoi fleurir la table de mon maître. Sans toi, tel que tu es, cette beauté n'existerait pas. »


