La légende du colibri est une légende amérindienne, connue en France par la version qu'en donne Pierre Rabhi. C'est un récit court qu'on raconte en veillée autour d'un feu de camp. Tout tient sur une réplique de cinq mots.
💧 Le conte en deux mots
Un immense incendie ravage la forêt. Tous les animaux s'enfuient jusqu'au bord de la rivière et regardent brûler leur forêt sans rien pouvoir faire. Seul le colibri, le plus petit oiseau du monde, fait des allers-retours entre l'eau et les flammes avec une goutte au bec. Le tatou finit par lui faire remarquer qu'il ne servira jamais à rien. Le colibri répond sans s'arrêter de voler. Le tatou reste sans réponse. La morale — personne ne peut faire plus que sa part et personne n'est dispensé de la faire.
📖 Le texte du conte
Un jour, il y a très longtemps, la grande forêt prit feu. Personne ne sut jamais comment cela avait commencé. En quelques heures, les flammes montèrent plus haut que les arbres et une fumée noire couvrit tout le ciel.
Les animaux se sauvèrent tous du même côté, vers la rivière. Le jaguar arriva le premier, puis les singes et les tapirs, et enfin les tortues qui mirent longtemps. Ils se serrèrent sur la berge et ils regardèrent brûler la forêt où ils étaient nés.
Personne ne bougeait. Que faire contre un feu pareil ? Ils restaient là, la tête levée, à sentir la chaleur sur leur museau. Certains pleuraient. La plupart se taisaient.

Tous sauf un. Le colibri, le plus petit oiseau de la forêt, plus petit qu'une prune, avec des ailes qui battent si vite qu'on ne les voit pas. Il descendit vers la rivière, plongea son bec dans l'eau, remonta avec une goutte, et alla la lâcher au-dessus des flammes.
La goutte s'évapora avant même d'avoir touché le feu. Le colibri était déjà reparti vers la rivière. Il replongea son bec, remonta, lâcha sa goutte. Puis il recommença. Puis encore.
Les animaux le suivaient des yeux, une fois, deux fois, dix fois. Ils commencèrent à trouver ça ridicule. Le petit oiseau traversait la fumée, revenait tout noir, se rinçait dans l'eau et repartait.
Le tatou, qui n'est pas un méchant animal, finit par lever la tête vers lui. « Colibri ! Tu perds ton temps. Tu es le plus petit de nous tous, et tu portes une goutte à la fois. Ce n'est pas comme ça qu'on éteint un incendie. »
Le colibri ne s'arrêta pas et ne se retourna pas. Il répondit simplement : « Je le sais. Mais je fais ma part. »
Le tatou ouvrit la bouche pour répondre, et il ne trouva rien à dire. Il resta un long moment à regarder le petit oiseau monter et redescendre au-dessus du feu.
Puis il tourna le dos aux flammes, descendit la berge jusqu'à l'eau, et se mit à remplir sa carapace.


