Le fermier chinois est une parabole taoïste très ancienne, connue en Chine comme l'histoire du vieil homme de la frontière qui perd son cheval. C'est un conte de sagesse qu'on raconte en veillée autour d'un feu de camp. Quatre coups du sort s'enchaînent : les voisins tranchent à chaque fois, le vieux fermier jamais.
🐴 Le conte en deux mots
Un vieux fermier perd son cheval, qui saute la barrière et disparaît dans les collines. Les voisins viennent le plaindre, il répond « Peut-être ». Quelques jours plus tard la bête revient suivie d'un troupeau sauvage. Les voisins le félicitent. Il répond la même chose. Son fils se casse la jambe en essayant de monter l'une des bêtes. Puis la guerre éclate et l'armée emmène tous les garçons valides du village. Celui-là reste à la maison. La morale — ni le bonheur ni le malheur ne se jugent sur l'instant. La suite seule le dira.
📖 Le texte du conte
Il était une fois, dans un village de Chine, un vieux fermier qui vivait pauvrement avec son fils. Toute leur fortune tenait en un seul cheval, qui les aidait à labourer le champ.
Un matin, le cheval sauta la barrière et s'enfuit dans les collines. En apprenant la nouvelle, les voisins accoururent : « Quel terrible malheur ! Sans ton cheval, comment vas-tu travailler la terre ? »
Le vieux fermier haussa doucement les épaules. « Peut-être. »
Quelques jours plus tard, le cheval revint de lui-même, et il n'était pas seul. Il ramenait derrière lui toute une horde de chevaux sauvages, qui entrèrent dans l'enclos.
Les voisins revinrent, cette fois émerveillés : « Quelle chance extraordinaire ! Te voilà riche ! » Le vieux fermier répondit du même ton tranquille : « Peut-être. »

Le lendemain, son fils entreprit de dompter l'un des chevaux sauvages. La bête rua, le désarçonna, et le garçon tomba si mal qu'il se cassa la jambe.
Les voisins, désolés, hochèrent la tête : « Quel malheur ! Ton fils est estropié, et te voilà seul pour tout le travail. » Le vieux fermier regarda son fils et murmura : « Peut-être. »
Une semaine plus tard, l'armée de l'empereur traversa le village. La guerre avait éclaté, et les soldats enrôlaient de force tous les jeunes hommes en bonne santé. Mais en voyant le fils du fermier avec sa jambe cassée, ils passèrent leur chemin.
Les voisins, dont les fils étaient partis à la guerre, revinrent une dernière fois : « Quelle chance que ton garçon soit resté ! » Et le vieux fermier, en préparant le thé, se contenta de sourire : « Peut-être. »


