

Anansi et toutes les histoires du monde
Anansi et toutes les histoires du monde est un conte ashanti, venu du Ghana et de Côte d'Ivoire, qu'on raconte en veillée, autour d'un feu de camp ou dans une salle au calme. Comptez une dizaine de minutes à voix haute, et il n'y a rien à préparer. Le héros est une araignée qui n'a ni la taille ni la force pour elle, et qui gagne en faisant travailler ses victimes à sa place.
🕷️ L'histoire d'Anansi
Autrefois, toutes les histoires du monde appartenaient à Nyame, le dieu du ciel, qui les gardait enfermées dans un coffre en or. Anansi la petite araignée monte le long d'un fil pour les lui acheter. Le dieu fixe son prix : quatre créatures que personne n'a jamais attrapées, le python Onini, le léopard Osebo, l'essaim de frelons Mmboro, et Mmoatia la fée invisible.
Anansi ne se bat contre personne. Chaque créature se piège elle-même, et c'est toute la mécanique du conte. Le python s'allonge de tout son long contre une branche pour prouver qu'il est le plus grand. Les frelons se réfugient dans une calebasse pour s'abriter d'une pluie qu'Anansi a fabriquée avec un peu d'eau. La morale, c'est que la ruse fait ce que la force ne peut pas.
📖 Le texte du conte
Il y a très longtemps, il n'y avait pas la moindre histoire sur la Terre. Le soir, autour du feu, personne n'avait rien à raconter. Toutes les histoires appartenaient à Nyame, le dieu du ciel, qui les gardait dans un coffre en or au pied de son trône.
Anansi la petite araignée, elle, en rêvait. Un matin, elle file un long fil qui monte, qui monte, et la voilà devant Nyame à lui demander de les lui vendre.
Le dieu éclate de rire. « Toi ? Des rois sont venus me les acheter les bras chargés d'or, et ils sont repartis les mains vides. Et voilà une bestiole grosse comme mon ongle qui réclame mon coffre. »
« Ris tant que tu voudras, répond Anansi, mais dis-moi ton prix. » Nyame s'arrête de rire, parce qu'on ne lui parle pas sur ce ton.
« Voici mon prix. Tu m'apporteras Onini le python, plus long qu'un tronc couché, et Osebo le léopard. Il me faudra Mmboro, l'essaim de frelons. Et pour finir, Mmoatia, la fée que personne n'a jamais vue. »
« Réussis, et le coffre est à toi. Échoue, et tu redescends comme tu es montée. » Anansi s'incline très bas. « Marché conclu. »
De retour chez elle, Anansi raconte tout à sa femme, la sage Aso. « Tu n'as pas besoin d'être forte, lui dit Aso. Tu as besoin qu'ils fassent le travail à ta place. » Et elle lui souffle une idée pour chacun.
Anansi coupe une longue branche de palmier et part vers la rivière. Elle traîne sa branche en grommelant assez fort pour qu'on l'entende de loin : « Il est plus long… non, il est plus court… mais non, bien plus long… »
Onini sort la tête des roseaux. « Qu'est-ce que tu racontes ? » demande-t-il.
« Ma femme et moi, on se dispute à ton sujet, soupire Anansi. Elle prétend que tu es plus long que cette branche. Moi je dis que la branche te dépasse, et que ce n'est pas la peine de vérifier. »
« Cette baguette, plus longue que moi ? » Onini se redresse d'un coup. « Pose-la par terre, tu vas voir. »
Anansi pose la branche sur la berge, et le python s'étend à côté, de tout son long. « Tu triches, dit Anansi, tu te recroquevilles de la queue. Étire-toi encore. » Et Onini tend chaque anneau.
« Surtout ne bouge plus », dit Anansi. Pendant qu'il reste bien droit, elle court d'un bout à l'autre en filant sa toile et le ligote à la branche, du museau à la queue. Et d'une.

Pour les frelons, Anansi remplit une calebasse d'eau et coupe une grande feuille de bananier. Elle s'approche du nid, s'asperge la tête, puis jette le reste de l'eau dessus.
Elle tend sa calebasse et se met à crier : « L'orage arrive ! Regardez comme il pleut sur vos maisons. Entrez là-dedans avant d'avoir les ailes trempées ! »
Les frelons n'attendent pas la suite. Ils s'engouffrent tous dans la calebasse, l'un derrière l'autre, et Anansi bouche l'ouverture avec sa feuille. Et de deux.
Pour Osebo, il fallait autre chose. Anansi connaît le chemin qu'il prend chaque nuit pour boire. Elle y creuse une fosse, la recouvre de branchages et va se coucher. Au milieu de la nuit, un rugissement fait trembler la forêt.
Au matin, Anansi se penche au-dessus du trou. « Pauvre ami ! Qui va te sortir de là ? Si je te tends la patte, tu me mangeras dès que tu seras dehors. »
« Jamais de la vie ! jure le léopard. Sors-moi d'ici et je serai ton ami pour toujours. » Anansi réfléchit. « Alors voilà. Je courbe cet arbre au-dessus du trou, tu attaches ta queue au sommet, et il te tire dehors. Mais il faudra que je te ficelle bien, sinon tu te casseras le dos. » Osebo trouve l'idée excellente et tend sa queue lui-même.
Anansi tire l'arbre vers le sol, attache la queue du léopard, puis ses pattes, en serrant chaque nœud. Quand il ne peut plus bouger, elle lâche l'arbre. Osebo se balance en l'air, la tête en bas, au-dessus de sa fosse. Et de trois.

Restait Mmoatia, la fée de la forêt, que personne n'attrape jamais. Anansi taille une petite poupée de bois, l'enduit de gomme collante et lui noue un fil à la taille. Elle lui pose un bol de purée d'igname sur les genoux, puis va se cacher derrière un arbre avec le bout du fil.
La fée arrive à l'odeur de l'igname. Elle voit la poupée et la salue. La poupée ne répond rien. « Je peux goûter ta purée ? » Anansi tire son fil, et la tête de bois fait oui.
Mmoatia mange tout le bol. « Merci beaucoup ! » La poupée ne dit toujours rien. La fée se redresse, vexée. « On répond, quand on te remercie ! » Elle gifle la poupée de la main droite, qui reste collée à la gomme. Elle frappe de la main gauche, et la voilà collée aussi. Alors elle pousse des deux pieds, et elle finit prise tout entière. Et de quatre.

Anansi remonte au ciel avec ses quatre prises au bout de son fil, et Nyame appelle tous les esprits pour qu'ils viennent voir ça.
« Des rois et des guerriers ont essayé, dit le dieu du ciel, et c'est cette petite araignée qui a réussi. Les histoires du monde lui appartiennent désormais. »
Anansi porte le coffre au bord du ciel et le renverse au-dessus de la Terre. Les histoires tombent en pluie et se répandent partout. Voilà pourquoi, encore aujourd'hui, on appelle les contes « les histoires d'Anansi ».

🙋 Faire participer le groupe
Le conte porte un refrain tout prêt : les « et d'une », « et de deux » qui closent chaque capture.
Annoncez le compte avant de commencer, puis laissez le groupe le crier. Dès la deuxième capture, arrêtez de le lancer : attendez qu'il parte tout seul.
Avant chaque ruse, une question suffit : comment une araignée attrape-t-elle un léopard ? Deux ou trois propositions, et on enchaîne.
Avec les plus jeunes, la dispute du python se rejoue debout : deux enfants s'étirent bras levés, et le groupe dit lequel est le plus long.
La dernière phrase est déjà une question à renvoyer au groupe : pourquoi appelle-t-on les contes « les histoires d'Anansi » ? La réponse vient d'être racontée.
🎙️ Comment le raconter aux enfants
Les quatre épreuves tournent toutes sur le même mouvement : Anansi n'attrape personne, elle s'arrange pour que chacun se prenne tout seul. Appuyez dessus à la première ruse, celle du python. Ensuite, ne réexpliquez plus le mécanisme : chaque ruse se raconte pour elle-même.
Les quatre noms sont durs à dire, et ils tombent tous d'un coup quand Nyame annonce son prix. Détachez-les en les prononçant : O-ni-ni, O-se-bo, Mmbo-ro, Mmoa-tia.
Deux voix suffisent : Nyame parle lentement et de haut, Anansi vite et tout bas. Anansi ne crie jamais, elle flatte, même quand elle plaint le léopard au fond de sa fosse.
La scène de la fée se joue au ralenti : une main collée, puis l'autre, puis tout le reste. C'est la seule où il faut prendre son temps.
Si le temps manque, l'épisode des frelons peut sauter : c'est la ruse la plus courte, et la seule où Anansi ne parle à personne. Pensez alors à renuméroter le compte, pour que la fée reste la dernière capture.