

Petit sapin qui voulait d'autres feuilles
Le petit sapin qui voulait d'autres feuilles vient d'un poème de Friedrich Rückert, écrit en Allemagne il y a près de deux cents ans. Il se raconte en veillée ou à la fin d'une journée dehors, et il dure sept à huit minutes à voix haute. C'est un conte à formule : la même phrase revient trois fois, et le groupe la dit avec vous dès la deuxième.
🌲 L'histoire du petit sapin qui voulait d'autres feuilles
Un petit sapin en a assez de ses aiguilles, qui piquent et qui ne ressemblent à rien. Il souhaite des feuilles en or, et il les obtient pendant la nuit — jusqu'à ce qu'un colporteur passe et les mette toutes dans son sac. Il souhaite alors des feuilles en verre, qui brillent encore mieux, et un orage de grêle les casse en mille morceaux.
Il demande enfin de vraies feuilles vertes, comme les arbres autour de lui. Il les a le lendemain matin, et une chèvre les mange toutes avant midi. Il finit par réclamer ses aiguilles, et il ne s'en est plus jamais plaint. La morale, c'est qu'on veut souvent la chose que les autres ont, sans voir à quoi sert celle qu'on a déjà.
📖 Le texte du conte
Au bord d'un bois, il y avait un petit sapin. Il était bien planté, il avait de la place et de la lumière, et pourtant il n'était pas content de lui.
Ce qui le chagrinait, c'étaient ses feuilles. Tous les arbres autour de lui en avaient de belles, larges et souples, qui faisaient de l'ombre et qui bougeaient dans le vent. Lui n'avait que des aiguilles. Des milliers de petites aiguilles vertes qui piquaient les doigts et qui ne bougeaient pas d'un poil.
Un soir, en regardant le soleil se coucher, il soupira : « Ah, si seulement je pouvais avoir des feuilles en or. Là, on me regarderait. »
Et pendant la nuit, son vœu fut exaucé. Au matin, chacune de ses aiguilles était devenue une petite feuille d'or fin, qui tintait doucement quand l'air passait. Le petit sapin brillait tellement qu'on le voyait depuis l'autre bout de la vallée. Il passa la journée à se trouver superbe.
La nuit suivante, un colporteur qui rentrait chez lui par le bois s'arrêta net devant l'arbre. Il n'en croyait pas ses yeux. Il posa son sac, monta sur une souche, et cueillit les feuilles d'or une par une jusqu'à la dernière. Puis il repartit sans se retourner, et le petit sapin resta tout nu dans le noir.

« Quel idiot j'ai été, se dit-il. L'or, ça se vole. Ah, si seulement je pouvais avoir des feuilles en verre. Elles brilleraient autant, et personne n'en voudrait. »
Au matin, il était couvert de feuilles de verre. C'était encore plus beau que l'or : le soleil traversait chaque feuille et posait des taches de couleur sur la mousse, tout autour de lui. Les autres arbres se penchaient pour voir.
Puis le ciel devint noir et l'orage éclata. La grêle tomba sur le bois pendant un quart d'heure. Quand elle s'arrêta, il ne restait plus une seule feuille sur les branches du petit sapin, seulement un tapis d'éclats brillants à ses pieds.

« C'est bien fait pour moi, dit-il en pleurant. Je voulais briller. Je ne veux plus briller. Ah, si seulement je pouvais avoir de vraies feuilles vertes, comme tout le monde ici. »
Le lendemain, il les avait. De grandes feuilles vertes, larges et fraîches, exactement comme celles du hêtre d'à côté. Le petit sapin en pleura de joie. Enfin il était un arbre comme les autres.
Il n'était pas midi qu'une chèvre entra dans le bois. Elle vit les feuilles, s'approcha, et se mit à brouter. Elle brouta longtemps, tranquillement, en remontant de branche en branche. Quand elle repartit, il ne restait rien du tout.
Le petit sapin ne dit plus rien pendant toute la journée. Le soir venu, il murmura tout bas : « Rendez-moi mes aiguilles. »
Au matin, il les avait retrouvées. Elles piquaient toujours autant et elles ne bougeaient toujours pas dans le vent, et il ne s'en est plus jamais plaint. L'hiver d'après, quand tous les arbres du bois se sont retrouvés nus sous la neige, il était le seul à être encore habillé.

🙋 Faire participer le groupe
La formule qui revient porte tout le jeu avec le groupe.
Faites dire les vœux en chœur. Vous lancez « Ah, si seulement… » et le groupe termine — dès le deuxième, ils savent.
Avant chaque réveil, demandez ce qui va mal tourner. Prenez leur idée si elle tient debout, et enchaînez sur celle du conte.
La chèvre se fait à plusieurs : le groupe mâche de plus en plus fort pendant qu'elle broute, et s'arrête net quand elle repart.
🎙️ Comment le raconter aux enfants
C'est un conte à formule : « Ah, si seulement je pouvais avoir… » revient trois fois, mot pour mot. Détachez-la bien la première fois, ralentissez la deuxième, et à la troisième laissez le groupe la commencer à votre place.
Chaque vœu se réalise pendant la nuit, jamais devant témoin. Marquez le noir, puis le réveil — c'est le tempo du conte, et il ne faut pas le presser.
⛔ Ne jouez pas le sapin en enfant capricieux. Il a une bonne raison à chaque fois : ses aiguilles piquent vraiment, l'or attire vraiment les voleurs, le verre casse vraiment. Sinon la fin devient une punition, et ce n'en est pas une.
Le dernier vœu se dit tout bas, en trois mots, après un silence. Les trois premiers sont dits à voix haute, celui-là est murmuré.
La chèvre ne se presse pas. Faites-la brouter longtemps, branche après branche, pendant que le sapin ne peut rien faire. C'est le passage qui fait le plus rire.
Gardez la dernière phrase, celle de l'hiver. C'est elle qui relie le conte à ce que les enfants ont sous les yeux — le seul arbre encore vert quand tout est nu. Sans elle, l'histoire s'arrête sur un arbre qui pleure.