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Comment le corbeau apporta la lumière, conte haïda à raconter aux enfants en colonie de vacances : sur le toit de planches de cèdre d'une maison plongée dans la nuit, un corbeau entièrement blanc se penche au bord du trou à fumée et regarde en bas, la lumière dorée qui monte du foyer éclairant son poitrail et le dessous de ses ailes

Comment le corbeau apporta la lumière

Malle de l'anim
6 à 14 ansÂge
2 à 20+Joueurs
< 30 minDurée

Comment le corbeau apporta la lumière est un conte des Haïdas, un peuple de la côte nord-ouest du Pacifique, entre la Colombie-Britannique et le sud de l'Alaska. Le corbeau y est blanc jusqu'au moment où il vole la lumière qu'un vieil homme garde enfermée chez lui. On le raconte en veillée autour d'un feu de camp.

🐦‍⬛ Le conte en deux mots

Au commencement le monde est noir et les gens vivent à tâtons. Toute la lumière est enfermée dans des boîtes, chez un vieil homme qui n'ouvre sa porte à personne. À cette époque le corbeau est blanc. Il se change en aiguille de sapin, se fait boire par la fille du vieil homme et renaît dans la maison sous la forme d'un petit-fils à qui le grand-père ne sait rien refuser. L'enfant obtient les boîtes une à une à force de pleurer et jette les étoiles puis la lune par le trou à fumée. Avec la dernière il redevient corbeau et s'échappe par le conduit, le soleil dans le bec. La morale — un trésor gardé au fond d'une boîte ne sert à personne. Le corbeau a payé de sa couleur le jour qu'il a donné à tout le monde.

📖 Le texte du conte

Au commencement, le monde était noir. Il n'y avait pas un rayon de lumière, pas la moindre étoile. Les gens de la côte vivaient à tâtons : ils pêchaient au toucher et se reconnaissaient à la voix, et il ne se passait pas un jour sans que quelqu'un se cogne au même rocher que la veille.

À cette époque-là, le corbeau était blanc, blanc du bec jusqu'au bout de la queue. C'était bien commode pour les autres, qui le voyaient venir de loin et n'avaient à peu près rien d'autre à regarder. Lui, en revanche, n'y voyait pas plus qu'eux, et il avait faim.

Comment le corbeau apporta la lumière, conte haïda à raconter aux enfants : sur une plage de galets sombres plongée dans le noir, quatre personnes avancent les bras tendus devant elles, deux viennent de se percuter de plein fouet et un panier de coquillages s'échappe en l'air, pendant que le corbeau, encore tout blanc, se tient sur un rocher au milieu d'eux et râle le bec grand ouvert

Il en avait assez de fouiller la vase du bout du bec en espérant tomber sur un coquillage. Un soir qu'il traînait autour des maisons, il entendit une chose qui l'intéressa beaucoup. Tout en haut de la rivière vivait un vieil homme qui gardait chez lui toute la lumière du monde.

Le corbeau remonta la rivière et trouva la maison, longue et basse, faite de grandes planches de cèdre. Il se posa sur le toit et regarda par le trou à fumée. En bas, près du feu, il y avait le vieil homme et sa fille. Et dans le coin le plus sombre, une pile de trois boîtes de cèdre, la plus grande en dessous.

Personne n'entrait jamais dans cette maison. Le vieil homme n'ouvrait à personne et ne laissait sortir sa fille que le matin, pour aller boire à la rivière, toujours au même endroit. Le corbeau la regarda descendre le sentier et remplir sa coupe. Et il eut son idée.

Le lendemain, il arriva avant elle, se laissa tomber dans l'eau et se changea en aiguille de sapin. C'était une aiguille minuscule, qui tournait doucement à la surface. La fille du vieil homme remplit sa coupe, but d'un trait et remonta chez elle sans avoir rien remarqué.

Quelque temps plus tard, un enfant naquit dans la maison de cèdre. C'était un drôle d'enfant. Il avait le nez pointu et les yeux trop noirs, et ses cris ressemblaient davantage à un appel d'oiseau qu'à des pleurs de bébé. Le vieil homme n'en revenait pas d'être grand-père, et il lui donnait tout.

L'enfant apprit à ramper, et il rampa toujours vers le même endroit : le coin sombre, la pile de boîtes. Chaque fois on le rattrapait par un pied et on le ramenait près du feu.

Alors il se mit à pleurer. Il pleura tout le jour, puis toute la nuit, et il n'était toujours pas calmé au matin, le doigt tendu vers la boîte du dessus. Le vieil homme tint bon deux jours. « Donne-la-lui, qu'on dorme », finit par dire sa fille.

Comment le corbeau apporta la lumière, conte haïda à raconter aux enfants : dans la maison de planches de cèdre éclairée par le seul feu du foyer, le tout-petit hurle allongé sur le dos en tapant des pieds, le grand-père se bouche les oreilles à genoux à côté de lui, et sa mère descend déjà la boîte du haut de la pile de trois coffres de cèdre gravés

L'enfant s'assit avec la boîte et l'ouvrit. Dedans, il y avait une autre boîte. Dedans, il y en avait encore une autre, puis une autre, de plus en plus petites. Dans la dernière, il trouva une poignée de petits points brillants. Il les fit rouler par terre et joua avec pendant des jours.

Puis un soir, alors que personne ne le regardait, il les lança d'un coup vers le trou à fumée. Ils montèrent, passèrent, et restèrent là-haut. Ce sont les étoiles, et elles y sont encore.

Le vieil homme se leva d'un bond, beaucoup trop tard. Il resta un moment la tête en arrière à regarder le noir piqueté de blanc, sans rien dire. Puis il retourna s'asseoir près du feu.

Comment le corbeau apporta la lumière, conte haïda à raconter aux enfants : l'enfant vient de lancer à deux bras une poignée de points brillants qui montent en gerbe vers le trou à fumée pendant que le grand-père saute derrière lui les bras tendus pour les rattraper, trop tard, au milieu des coffres de cèdre emboîtés renversés au sol

Il ne fallut pas longtemps pour que l'enfant recommence, cette fois pour la deuxième boîte. Mêmes pleurs et mêmes nuits blanches, et le grand-père céda encore. Sous les boîtes emboîtées, il trouva une belle boule froide et ronde. Il la fit rouler d'un bout à l'autre de la maison, et quand il en eut assez, il l'envoya par le trou à fumée. C'est la lune, et elle est restée là-haut elle aussi.

Restait la grande boîte du bas, celle que le vieil homme ne touchait jamais. L'enfant hurla plus fort que pour les deux autres. Il se roula par terre et ne voulut plus ni manger ni dormir. Le grand-père tint une semaine entière. « Prends-la, dit-il enfin. Mais tu ne sors pas avec. »

L'enfant ouvrit la première boîte, puis la deuxième, puis toutes les suivantes, jusqu'à la plus petite. Dedans, il y avait une boule de lumière si chaude et si vive que le vieil homme mit sa main devant ses yeux. Et à cet instant précis, il n'y eut plus d'enfant dans la maison. Il y avait un corbeau blanc, ailes ouvertes, la boule dans le bec.

Le grand-père se jeta sur lui et referma les mains sur du vide. Le corbeau était déjà en haut. Le trou à fumée était étroit et gras de la suie de tous les feux qu'on y avait faits depuis toujours. Il s'y enfonça de force, et ses plumes blanches raclèrent les parois noires.

Comment le corbeau apporta la lumière, conte haïda à raconter aux enfants : le corbeau encore blanc se force dans l'ouverture étroite du trou à fumée avec la boule de lumière dans le bec, ses plumes déjà striées de suie noire contre les parois grasses, pendant que le grand-père saute sous lui et referme les deux mains sur du vide

Quand il jaillit au-dessus du toit, il était noir, noir du bec jusqu'à la queue et jusque sous les ailes. Il ne s'en aperçut même pas. Il volait, et il tenait le jour.

Il redescendit la rivière avec sa boule de lumière. En bas, sur l'eau, des pêcheurs relevaient leurs filets à l'aveugle, comme toujours. Le corbeau avait faim depuis si longtemps qu'il leur cria de lui donner du poisson. Les pêcheurs se moquèrent : ils n'entendaient qu'une voix dans le noir et ne voyaient qu'une petite lueur qui passait au-dessus d'eux.

« Donnez-moi du poisson, ou je casse le jour sur vos têtes. » Ils rirent plus fort. Alors le corbeau ouvrit le bec.

La boule tomba, se brisa, et la lumière partit dans tous les sens. Elle monta jusqu'en haut du ciel et s'y accrocha. D'un seul coup le monde apparut, les montagnes, la mer au bout de la rivière, et les visages des gens qui se voyaient pour la première fois. Ceux qui portaient des peaux de bête coururent se cacher dans la forêt et n'en ressortirent plus, et ce sont les animaux ; ceux qui portaient des peaux de poisson glissèrent dans l'eau et y sont restés.

Le corbeau, lui, se posa sur un rocher pour reprendre son souffle. Il baissa la tête vers l'eau et vit son reflet. Il était noir, et il le resta. C'est ce que le jour lui a coûté, et il le porte encore sur ses plumes chaque fois qu'il vous passe au-dessus de la tête.

Comment le corbeau apporta la lumière, conte haïda à raconter aux enfants : le corbeau, devenu entièrement noir, ouvre le bec en plein vol et lâche la boule de lumière qui éclate en rayons dorés au-dessus d'une pirogue de cèdre, où une pêcheuse lâche son filet en se protégeant les yeux et son compagnon bascule en arrière sur son banc

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