

La convention collective ÉCLAT : ce qu'elle prévoit et qui elle couvre
Salaires, congés, ancienneté, prévoyance : ce que la convention de l'animation prévoit, quels employeurs elle couvre — et pourquoi ton CEE n'en relève pas.
« Convention collective ÉCLAT », « convention de l'animation », « IDCC 1518 » : trois noms qui reviennent sur les bulletins de paie et les contrats du secteur, pour un seul et même texte.
Ce guide explique qui écrit ce texte, pourquoi il s'impose à ton employeur même s'il n'a rien signé, et pourquoi ton contrat d'engagement éducatif n'en relève pas. Les montants, eux, vivent dans les guides du salaire et du CEE — ici on démonte la mécanique.
La définition
Une convention collective, c'est un contrat qui améliore la loi
Commençons par le mot lui-même. Une convention collective est un contrat : les employeurs d'un secteur et les syndicats de salariés y négocient les règles de travail propres à leur branche — salaires, congés, primes — que le code du travail ne peut pas régler métier par métier. Ce n'est ni une loi ni une recommandation : c'est un texte signé, qui engage ses signataires, et qu'un arrêté de l'État peut rendre obligatoire pour tout le secteur.
Chaque branche a la sienne — les boulangers, le bâtiment, la restauration. Celle de l'animation s'appelle ÉCLAT.

La hiérarchie est verrouillée par le code du travail : une convention « peut comporter des stipulations plus favorables aux salariés que les dispositions légales » et « ne peuvent déroger aux dispositions qui revêtent un caractère d'ordre public » (art. L. 2251-1).

Concrètement : quand un minimum conventionnel passe sous le Smic — c'est arrivé à la grille ÉCLAT —, c'est le Smic qui s'applique. Entre deux règles, le salarié reçoit la plus favorable ; la convention ajoute, elle ne retranche jamais.
L'accord d'entreprise ne peut pas tout contourner
Depuis 2017, un accord signé dans ta structure peut primer sur la branche pour certains sujets. Mais les salaires minima et les classifications restent verrouillés au niveau de la branche — précisément ce qui fait la valeur d'ÉCLAT pour un salarié.
Qui vote la loi, qui prend les décrets, et où se rangent la circulaire et le mémento de ton département — la carte complète des étages :
Le contenu
Ce que la convention règle pour toi
Concrètement, être couvert par ÉCLAT change quoi ? La convention pose les règles propres à la branche, par-dessus le socle du code du travail — toujours en sa faveur — c'est le principe posé en tête de guide. L'essentiel tient en six domaines :

La classification et la grille de salaires
Chaque poste est rangé dans un groupe avec un coefficient, multiplié par une valeur de point renégociée par avenant. Les montants à jour sont dans le guide du salaire.

La prime d'ancienneté
Des points qui s'ajoutent au minimum pour chaque année passée dans la structure.

Le temps de travail et son organisation
Horaires, aménagement sur l'année, et des régimes propres à certains métiers de la branche, comme les animateurs techniciens et professeurs.

Les congés
Des dispositions qui complètent le régime légal, variables selon les métiers.

La complémentaire santé, la prévoyance et la retraite
La couverture de branche en cas de maladie ou d'invalidité, et la retraite complémentaire.

La formation professionnelle
Dont les certificats de qualification propres à la branche, les CQP.
Pour toucher du doigt ce que ça donne, trois règles réelles, telles qu'écrites dans le texte :
Les animateurs techniciens et professeurs « bénéficient de 5 semaines de congés payés par cycle de référence dès l'année de l'embauche » — le cycle étant l'année scolaire, pas l'année civile (avenant n° 133).
La prime d'ancienneté ajoute 2 points au salaire minimum après douze mois, puis 2 points de plus chaque année (annexe I, art. 1.7.2).
La retraite complémentaire est cotisée à 8 %, et « la participation minimum de l'employeur est fixée à 50 % de la cotisation » (titre IX).
Rien de cette liste ne vaut pour un CEE
Grille, ancienneté, congés conventionnels, prévoyance de branche : tout ça concerne les salariés de droit commun. Ton contrat d'engagement éducatif relève d'un autre régime — une partie plus bas lui est consacrée.
L'identité
ÉCLAT, l'ex-convention de l'animation
Même texte, nouveau nom. La convention a été signée le 28 juin 1988 sous le nom de « convention collective nationale de l'animation », et rebaptisée ÉCLAT par un avenant de ses signataires (avenant n° 177 du 1er octobre 2019). Son numéro d'identification, l'IDCC 1518, n'a jamais changé — c'est lui qui figure sur ton bulletin de paie.
Le sigle développe « métiers de l'Éducation, de la Culture, des Loisirs et de l'Animation » : le champ s'était élargi bien au-delà de l'animation socioculturelle, le nom a suivi. Un site qui parle encore de « convention de l'animation » ne parle donc pas d'un autre texte — il a juste gardé l'ancien nom.
Dernier mouvement en date : en 2024, les branches Familles rurales et pêche de loisir ont fusionné dans ÉCLAT (accord du 9 février 2023, étendu par arrêté du 24 juillet 2024). La branche est donc encore en train d'harmoniser ses textes — les règles de fond, elles, restent celles d'ÉCLAT.
Le réflexe : chercher l'IDCC, pas le nom
Les noms changent, l'IDCC jamais. Pour savoir de quelle convention on te parle, cherche « IDCC » sur ton bulletin de paie : 1518, c'est ÉCLAT, quel que soit le nom que le document emploie.
Le champ
Ta convention dépend de ton employeur, pas de ton métier
« Je suis animateur, donc je suis à ÉCLAT » — non, et c'est le point le plus mal compris du sujet. La loi est directe : « la convention collective applicable est celle dont relève l'activité principale exercée par l'employeur » (art. L. 2261-2 du code du travail). Ton métier n'entre pas dans l'équation.
Le champ d'ÉCLAT (article 1.1 de la convention) vise les organisations de droit privé, sans but lucratif, dont l'activité principale est l'éducation, la culture, les loisirs ou l'animation. Trois mots y font tout le travail de tri :


Association d'animation : ÉCLAT s'applique
Centre socioculturel, MJC, organisateur associatif de colos, fédération d'éducation populaire : droit privé, sans but lucratif, animation à titre principal. Les trois conditions sont réunies.

Mairie : fonction publique, pas de convention collective
Une commune n'est pas un employeur de droit privé. Son animateur périscolaire relève de la fonction publique territoriale ou de la vacation — jamais d'ÉCLAT.

Société ou comité d'entreprise : un autre texte s'applique
Une entreprise à but lucratif n'entre pas dans le champ, et un comité d'entreprise qui organise des colos suit son propre régime. Même métier d'animateur, autre convention — ou pas de convention du tout.
Le doute se lève sur le bulletin de paie
L'employeur doit indiquer la convention applicable sur le bulletin. En cas de doute sur son activité principale, c'est son code APE et son IDCC déclaré qui parlent — pas l'intitulé de ton poste.
La négociation
Qui négocie ÉCLAT : Hexopée face à cinq syndicats
Une convention collective est un contrat négocié, pas un décret. Autour de la table ÉCLAT, côté employeurs : Hexopée, reconnue représentative de la branche par arrêté, rejointe depuis la fusion de 2024 par Familles rurales et les structures de pêche de loisir. En face, les syndicats de salariés. Le texte évolue par avenants numérotés, que chaque camp signe ou non.
Côté salariés, personne ne se coopte : la représentativité se mesure tous les quatre ans sur les votes réels des salariés aux élections professionnelles. Le dernier arrêté, publié fin 2025, reconnaît cinq organisations : la CGT en tête, puis Solidaires, la CFDT, FO et l'UNSA.
Ces poids bougent d'une mesure à l'autre — la CGT a reculé depuis la mesure de 2021, Solidaires a nettement progressé. La représentativité est un résultat électoral périodique, pas un statut acquis.

Côté employeurs, le seuil d'entrée existe aussi, mais il ne se compte pas pareil : 8 % des suffrages pour un syndicat de salariés (art. L. 2122-5), 8 % des adhérents — en nombre d'entreprises ou de salariés couverts, attesté par un commissaire aux comptes — pour une organisation d'employeurs (art. L. 2152-1). D'un côté on vote, de l'autre on adhère.
Un poids syndical n'est pas un taux d'adhérents
Les pourcentages des arrêtés additionnent les suffrages du premier tour des élections CSE et le scrutin des très petites entreprises. Dans une branche presque entièrement composée de petites associations, ce second scrutin pèse lourd.
L'extension
ÉCLAT s'impose même si ton employeur n'a rien signé
Signée, une convention n'engage que les adhérents des organisations signataires : « l'application des conventions et accords est obligatoire pour tous les signataires ou membres des organisations ou groupements signataires » (art. L. 2262-1). À ce stade, l'association qui n'adhère à rien n'est tenue à rien.
Le changement d'échelle vient d'un geste de l'État : l'arrêté d'extension. Le ministre chargé du travail peut rendre les stipulations « obligatoires pour tous les salariés et employeurs compris dans le champ d'application » (art. L. 2261-15). Pour ÉCLAT, c'est fait depuis janvier 1989 — et chaque avenant repasse par le même circuit.

Le circuit est public : l'avenant signé est déposé, un avis paraît au Journal officiel, les organisations d'employeurs représentatives ont un mois pour s'y opposer, puis l'arrêté tombe. Le ministre n'homologue d'ailleurs pas en bloc : il peut exclure des stipulations ou formuler des réserves — l'extension de la fusion de 2024 en a connu, que la branche a dû corriger par avenant.
Une convention étendue n'est pas un mémento
Un mémento départemental recommande sans engager personne. La convention étendue s'applique de plein droit dans son champ, comme un décret : un employeur de la branche qui l'ignore se fait condamner aux prud'hommes.
Le CEE
En CEE, ta paie vient du code, pas de la convention
Si tu pars en colo sous contrat d'engagement éducatif, la grille et les primes ÉCLAT ne te concernent pas en pratique : ton régime est écrit dans le code de l'action sociale et des familles (art. L. 432-1 et suivants), et ton salaire minimum est fixé par décret — pas par la branche.
Ce n'est pas un oubli, c'est un troc historique que les négociateurs ont écrit noir sur blanc. La convention avait une annexe II pour les « animateurs occasionnels » ; en 2001, les partenaires sociaux ont déclaré qu'ils l'abrogeraient « si l'État mettait en place dans le cadre législatif un nouveau dispositif ». L'État a créé le CEE en 2006, et la branche a tenu parole : « l'annexe II de la convention collective de l'animation est abrogée » (avenant n° 121 du 17 décembre 2008). Rien ne l'a remplacée depuis.

Chez un même employeur associatif, deux animateurs peuvent donc relever de deux textes : le permanent en CDI suit la convention, le saisonnier en CEE suit le code. Attention aux vieux modèles de contrats qui renvoient encore à l'annexe II — elle n'existe plus depuis 2008.
Un point que les textes ne tranchent pas, à connaître si tu veux creuser : le CASF n'écarte que la durée du travail, les repos et le salaire minimum (art. L. 432-2, liste limitative), et aucune clause de la convention n'exclut le CEE de son champ. Ce guide lit l'abrogation de 2008 comme la sortie du CEE du terrain conventionnel — c'est la lecture de tout le secteur — mais aucun juge n'a tranché si un CEE pourrait invoquer une garantie générale de la convention. Les articles sont en lien, la question reste ouverte.
Vérifier
Retrouver ta convention depuis ton bulletin de paie
Le texte officiel et à jour se lit gratuitement sur Légifrance, page « Convention collective ÉCLAT (IDCC 1518) » — c'est la seule version qui fasse foi. Les « PDF gratuits » des sites RH sont des copies, souvent en retard d'un avenant.

Sur ton bulletin de paie : la mention de la convention (ou l'IDCC 1518) doit y figurer. C'est elle qui dit quel texte couvre ton contrat.
Pour la grille et les montants : ils vivent dans le guide du salaire, avec leurs valeurs à jour — pas ici.
Pour un litige ou une question de droit du travail : l'inspection du travail, jointe par la DDETS de ton département, un syndicat de la branche, et le conseil de prud'hommes en dernier recours. Le SDJES, lui, contrôle la réglementation des accueils — pas ta paie.
Combien gagne un animateur selon son contrat, grille ÉCLAT comprise :
Convention collective ÉCLAT (IDCC 1518) — le texte consolidé sur Légifrance : signée le 28 juin 1988, étendue par arrêté du 10 janvier 1989.
Avenant n° 177 du 1er octobre 2019 — le changement d'intitulé vers ÉCLAT ; avis d'extension au JO du 11 janvier 2020.
Avenant n° 121 du 17 décembre 2008 — l'abrogation de l'annexe II « animateurs occasionnels », à la création du CEE.
Arrêté du 24 juillet 2024 — l'extension de la fusion des branches ÉCLAT, Familles rurales et pêche de loisir.
Arrêté de représentativité syndicale du 30 octobre 2025 et celui du 13 décembre 2021 — les organisations reconnues et leurs poids ; arrêté de représentativité patronale du 13 décembre 2021.
Code du travail : art. L. 2261-2 (quelle convention s'applique) · L. 2262-1 (effet entre signataires) · L. 2261-15 (extension) · L. 2251-1 (faveur au salarié) · L. 2122-5 et L. 2152-1 (représentativité).
CASF : art. L. 432-1 et L. 432-2 — le régime légal du contrat d'engagement éducatif.
Note de transparence : sur l'articulation CEE × convention, ce guide assume la lecture du secteur (régime exclusivement légal) — aucune décision de justice connue n'a tranché l'hypothèse inverse. Les textes sont en lien pour vérification.